Sport
et entreprise : des boîtes et des idées
Dans
certaines entreprises, on consacre énormément d'argent
au sport, comme aux Parfums Christian Dior, au centre de Saint-Jean-de-Braye
dans le Loiret : " Nos salariés ont le choix
entre 22 disciplines sportives. Toutes les installations nous
appartiennent. Elles sont de qualité, voire luxueuses à
l'image de nos produits et de notre enseigne ", confie l'un
des responsables de la communication du groupe. " Dernièrement,
une salle de musculation a vu le jour, c'est probablement la plus
belle de l'agglomération orléanaise. " Le budget
du centre de Saint-Jean-de-Braye pour les sports avoisine en fait
celui d'une petite commune.
En
revanche, d'autres entreprises, même prestigieuses, ont
des dépenses plus modestes : Alcatel à Ormes
en banlieue orléanaise dans le Loiret, par exemple. 1 350
salariés, dont 850 sédentaires sur le site et 100
personnes inscrites à l'association sportive, soit environ
10 % du personnel.
Le
budget officiel de fonctionnement pour les six sections sportives
(il y a de l'équitation, du tennis, de la pétanque,
du squash, de la pêche, et bien sûr, du football)
est de 80 000 francs pour l'année 2000 mais des subventions
peuvent être accordées pour des événements
exceptionnels : organisation d'un tournoi de foot, déplacement
sur un concours de pétanque...
Développer
le sport corporatif revêt de l'importance chez Alcatel,
explique Francis Cauchy, secrétaire du comité d'entreprise
et syndiqué CFDT. " Le but est de réunir les
salariés après le travail pour créer des
liens et fidéliser le personnel, tout en assurant la promotion
du groupe. C'est important dans un domaine d'activité de
haute technologie comme le nôtre, car la main-d'ouvre fait
défaut et les employés vont au plus offrant. "
Pour
les férus de sport, des compétitions inter-entreprises
sont organisées. La Coupe de France Alcatel réunit
tous les deux ans près de mille athlètes à
travers une douzaine de disciplines parmi lesquelles le tennis,
l'athlétisme, le volley, le badminton, etc. Cette année,
elle s'est déroulée à Lannion, dans les Côtes-d'Armor
lors du week-end de l'Ascension. Les vainqueurs se sont qualifiés
pour les Olympiades Alcatel 2001 et retrouveront les meilleurs
sportifs européens de la firme à Malaga en Espagne.
D'autres
entreprises ont choisi une autre voie : une pratique courante
est de renforcer une équipe de foot, par exemple, en faisant
appel à des joueurs de l'extérieur, c'est-à-dire
non salariés de la société concernée.
Ce n'est pas interdit. L'intérêt étant de
briller davantage. Une démarche que certains poussent à
l'extrême : c'est le cas du groupe Nicollin, une société
il est vrai un petit peu particulière, puisque son PDG,
Louis Nicollin, est aussi le président du Montpellier Hérault
Football club, aujourd'hui en division 2. " Chez M. Nicollin,
on emploie d'anciens joueurs professionnels en reconversion. Ils
s'appellent Antoine Di Fraya, Stéphane Blondeau, Frédéric
Guimard ou encore Stéphane Lagrange et occupent des postes
subalternes : balayeur, chauffeur de camion ou encore surveillant,
au sein de la boîte qui s'occupe du nettoyage des rues et
de la collecte des ordures ménagères. L'équipe
s'entraîne trois fois par semaine et presque tous les jours
en phase finale de la Coupe et du championnat de France ",
raconte Serge Schuck, secrétaire général
de l'équipe. Avec un budget de fonctionnement de près
de 250 000 francs par an, l'équipe truste les titres, puisque
pour la deuxième année consécutive, elle
vient de réaliser le doublé Coupe-championnat et
dispute régulièrement des compétitions à
l'étranger.
Un
professionnalisme qui n'a pas cours chez Alcatel où l'on
préfère l'ambiance et la bonne humeur à la
performance : " Nous essayons notamment dans l'équipe
de foot de privilégier le fait d'être salarié
du groupe et non pas la capacité à être bon
sur le terrain. Il ne faut pas confondre sport corporatif, c'est-à-dire
sport amateur, et sport professionnel. Pour ça, il faut
parfois récompenser les joueurs. Le 16 avril dernier, nous
avons disputé un matche contre le Variété
Club de France de José Touré, Alain Giresse... Nous
avons pris 8 à 1, mais les joueurs de l'équipe étaient
ravis de taper dans le ballon avec des anciennes gloires du foot
français. La fête était belle. Il y avait
plus de 1 000 spectateurs, et en plus, les retombées ont
été intéressantes dans la presse ",
explique Bruno Lethomas, président de l'association sportive.
Le
sport corporatif reste avant tout un loisir qui procure certains
avantages aux licenciés : " Quand je suis arrivé
chez Alcatel, on m'a informé qu'il était possible
de s'inscrire dans une section sportive au sein même de
l'entreprise ", raconte Brigitte Sauvage, une salariée.
" Une des motivations pour m'inscrire à la section
tennis a été le tarif de l'adhésion. 200
francs l'année, tout compris, c'est-à-dire avec
la location des courts, c'était très largement moins
cher qu'au club municipal où le coût d'une saison
est de plusieurs milliers de francs.
Formidable générateur de notoriété
pour les uns, source de compétition ou simple plaisir pour
les autres, les entreprises n'hésitent plus aujourd'hui
à intégrer le sport dans leur politique de communication
interne ou externe. Mais les salariés ne semblent pas dupes.
Leur identification à l'entreprise dans laquelle ils travaillent
est un sentiment peu répandu même à travers
le sport et leur préférence va toujours aux clubs
plutôt qu'aux associations corporatives.
Source
: Alain Djouad-Guibert